22.03 2020
Quelles sont les caractéristiques du théâtre de l'absurde ?

Quelles sont les caractéristiques du théâtre de l'absurde ?

" Remise en question ", ce terme suffit en lui-même pour décrire la tendance dans toutes les formes artistiques à la suite de la Deuxième Guerre mondiale. Au cours de cette période morne en effet, les auteurs estimaient qu'il était nécessaire de procéder à un profond changement de la forme théâtral, que ce soit au niveau de l'écriture qu'au niveau de la mise en scène.

Ce qui a fait naître dans un certain nombre de théâtres de poche de la rive gauche de la Seine le théâtre de l'absurde, avec comme pionniers Samuel Beckett et Eugène Ionesco.

Absence de cohésion entre le langage et les idées

Les personnes qui lisent un roman ou assistent à une représentation théâtrale ont souvent tendance à penser qu'il y aura une bonne construction d'intrigue, une crédibilité des personnages et une facilité de cerner les situations. Et c'est ce qui se passe dans la plupart des cas, car il y a une certaine cohérence entre le langage et les idées.

Mais dans les années qui suivent la Deuxième Guerre mondiale, une guerre de l'absurde, les auteurs étaient nombreux à se plancher sur des pièces qui font régner tout ce qui va à l'opposé de la raison et du sens commun. Il s'agissait pour eux d'une manière de prouver que l'on ne crée pas du réel sur les lois du réel, et ce principe peut s'étendre à la linguistique et aux codes littéraires.

Le théâtre de l'absurde ne s'est cependant pas contenté d'ébranler la forme, se caractérisant également par des phrases incohérentes, des lieux trop ordinaires, des expressions plus ou moins vulgaires, des parodies brutes et criardes. Bref, il y a une certaine maltraitance du vocabulaire et des règles de grammaire, d'où l'utilisation du terme " radioscopie de langage ".

Personnage à épaisseur psychologique réduite

Le théâtre de l'absurde se distingue également par ses personnages qui manquent de profondeur. Ses auteurs préfèrent en effet réaliser des allégories d'humanité dans leur création et choix, d'où l'apparition des personnages allant du clochard de Beckett au roi de Ionesco. Du fait de leur épaisseur psychologique réduite, ceux-ci ne suscitent pas une envie d'établir un état civil.

Il est ainsi possible qu'ils se permutent les uns aux autres au cours de la pièce, se trouver perpétuellement dans des situations similaires, comme c'est le cas dans le dernier acte de La Cantatrice Chauve et même se transfigurer.

Malgré cela, les auteurs n'oublient pas d'imaginer un personnage plus affiné qui s'assurera de la représentation de tous les humains à travers un cas particulier. Le roi du Roi se meurt est un parfait exemple.

Quid de l'action

Pour un théâtre de l'absurde, il n'y a aucune préconisation de l'action. On peut ainsi ne pas en trouver du tout dans une pièce. Il ne faut donc pas s'étonner d'assister à une représentation dénuée de tout mouvement dramatique basée sur les livres en attendant Godot de Samuel Beckett, Caligula d'Albert Camus, La Cantatrice chauve d'Ionesco.

En effet, comme l'a bien précisé Sartre, cette forme théâtrale vise à établir un objet temporel dans lequel le temps se chargera de la mise en avant d'une manière prodigieuse le véritable sujet via ses contradictions et ses structurations.

Il y a donc, dans une pièce de théâtre de l'absurde, une abolition volontaire du temps et une extension et une répétition à l'infini de l'action. Et ce qui est étonnant dans tout cela, la représentation sera plus complète, car pouvant aller de la dérision à la tragédie bien qu'à la base, rien ne semble se passer.

Les acteurs peuvent même aller plus loin, en exploitant leur possibilité de se défaire de tout contrôle, en accordant plus de place à l'improvisation et en adoptant certains éléments du happening, du mime et du cirque. Ce qui fournit encore plus de diversités à la représentation.